Big Bang numérique au CHU de Nantes : le voyage d'Ulysse, entre innovations et réalités

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Le CHU se met à l'ère numérique ! Baptisé Ulysse, ce projet s'appuie sur la solution d'information hospitalière nommée Cerner Millenium. Terminé d'ici 2018-2019, le grand voyage vers un monde connecté aura duré 5 ans. Un véritable Big Bang numérique aussi rapide que plébiscité. Pour mieux comprendre ce bouleversement, le responsable des services numériques Thomas Lechevallier et l'infirmière Antoinette Martin-Bruneau ont opposé leurs points de vue.

Entre 2023 et 2026, le Centre Hospitalier Universitaire de Nantes fait ses valises pour l'Île de Nantes. Mais sa mue numérique n'attend pas. En 2011, le nouveau plan directeur affirmait la volonté d'entrer rapidement dans une nouvelle ère. Laquelle est déclenchée en 2013 avec le projet Ulysse. Le voyage commence alors, il durera cinq ans pour un budget de 20 millions d'euros. Jamais, jusqu'ici, un CHU n'avait opéré une telle reconversion en si peu de temps.

Le premier big bang est franchi avec le passage sous un système de prescription informatisé de 2,000 des 3,000 lits de l'hôpital, sur 32 services. Le dossier d'un patient, avec toutes les prescriptions et observations réalisées sont alors informatisés. Plus de risque de perdre des fiches ou de les perdre. Les lits, eux aussi connectés, prennent le pouls des patients. Un apport concret pour le circuit médical, comme l'explique Thomas Lechevallier, responsable du département applications et projets, de la direction des services numériques du CHU de Nantes.

Ce qu'un dossier numérisé ajoute concrètement, par Cerise Robin

Un dossier complet, qui sous-entend pour être efficace une numérisation des données patients même en dehors du territoire. Ce qui n'est pas encore le cas. Pour le moment, les données d'une personne et ce depuis sa naissance, se trouvent encore dans le carnet médical et sur la carte vitale. 

Pour Thomas Lechevallier, il s'agit également d'un vrai gain de temps pour le personnel hospitalier. Ce dernier est particulièrement touché par la pénibilité des conditions de travail. De plus en plus soumis à un devoir de productivité, rarement remplacés durant leurs arrêts maladies, il constitue une des professions les plus sujettes aux burn-out et aux suicides.

Un véritable gain de temps, par Cerise Robin

Qui dit numérisation dit aussi prise en main. Pour Thomas Lechevallier, le personnel bénéficie d'une formation efficace.

La formation du personnel, par Cerise Robin

L'hôpital psychiatrique Saint-Jacques Pirmil fait partie du CHU. Il est placé de l'autre côté du pont, "au cas où les patients se sauvent" plaisante Antoinette Martin-Bruneau, infirmière à l'unité d'ouverture. Elle s'inquiète déjà d'incarner le réfèrent et de devoir former son équipe à ce nouvel outil, alors qu'elle-même ne pense pas le maîtriser.

Le centre sera entièrement numérisé en mars et déjà, le projet fait tousser. "Quand je disais qu'on avait Millenium, les collègues me souhaitaient bon courage" rapporte la soignante.

L'assurance d'un anonymat, par Cerise Robin

 

Un projet qui prend plus de temps qu'il n'en fait gagner, par Cerise Robin

Si le dossier du patient ne risque rien et restera anonyme, le personnel lui dénonce des bugs. "Si on est trop à se connecter d'un coup, il plante. Sauf que pas de bol, la prise de médicaments se fait sur les mêmes horaires dans presque tous les secteurs" explique l'infirmière. Une prise de retard pouvant entraîner des erreurs, qui engagent aussi et surtout la responsabilité des soignants.

Pas de temps et pas les moyens, par Cerise Robin

Le personnel regrette de ne pas avoir été consulté. Qu'il ne s'agisse pas d'une phase de test auquel ils auraient participé mais d'un engagement. Il dénonce également un manque de matériel. Sur le site officiel du CHU, il est possible de lire que le centre possède 7,000 postes informatiques fixes et de dernière génération. Et ce, pour 11.770 agents répartis entre 2.570 personnels médicaux et 9.200 personnels non médicaux. Au service psychiatrique, il s'agirait d'un ordinateur pour six soignants.

Antoinette Martin-Bruneau ajoute qu'en hôpital psychiatrique, les choses sont différentes. "La transmission orale est beaucoup plus importante. Ce n'est pas qu'une question de constantes et de médicaments. Je vais mieux appréhender les réactions et les émotions d'une personne si j'ai pu en être entretenue directement, donc de vive-voix".

Pour Thomas LeChevallier, il faut laisser du temps au temps et permettre aux hôpitaux et à son personnel de s'adapter. Pour Saint-Jacques Pirmil, il ne reste que quelques mois.

Ulysse-Millennium, le CHU de Nantes entre dans l’ère numérique

 

Portrait de Cerise Robin

Cerise Robin