[Billet d'humeur] Cardoso, c'était trop tôt !

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Cher Miguel,

Hier encore, tu n’avais pas vingt ans, mais tu caressais le temps. Tu savais, pourtant, les jours avançant, qu’il était compté. Tu savais la fin imminente. Mais tu gardais espoir. L’espoir de renverser la tendance, d’éviter la sentence. L’espoir de continuer à te conjuguer au présent, de continuer à être, simplement. Mais aujourd’hui, c’est officiel, tu n’es plus. Tu étais l’entraîneur du FC Nantes. Le treizième depuis l’arrivée de Waldemar Kita en 2007. Le treizième en onze ans.

C’est désormais fini ! Les résultats mitigés, la pauvreté du jeu et la dix-neuvième place au classement auront eu raison de toi. Je demeure pourtant convaincu que notre histoire n’était pas finie et qu'elle aurait pu, demain, s’écrire en lettres majuscules. Il fallait continuer avec toi, c’est même une certitude. Il fallait te laisser du temps, t’offrir un laps d’automne en plus. Changer le jeu et le visage d’une équipe en huit matchs, c'est comme vouloir apprendre une langue en quelques semaines, ce n'est pas possible. Encore plus quand tu as l'ambition de bien la manier, de la parler avec aisance et élégance. Et je crois que cette aspiration était aussi la tienne, Miguel.

Tu voulais parler le « beau football », « la possession », « la victoire par le jeu ». Une langue qui fut, un jour, la marque de notre club, et qui fit, surtout, notre légende. Mais qui nous échappe, depuis des années, et qui nous est, désormais et tristement, étrangère. Et tu es arrivé. Un certain 13 juin 2018. Tu es arrivé pour refermer les plaies entrouvertes par ton prédécesseur, Claudio Ranieri. Et pour nous redonner foi en notre équipe. Ton nom m’était pourtant inconnu. Tu sortais d’une saison prometteuse au Portugal et les suiveurs ne tarissaient pas d’éloges à ton égard. Tellement que je n’ai pas pu m’empêcher de dresser un parallèle entre toi et… un amour passé : Sérgio Conceição. Fichus démons.

Il ne restait plus qu’à apprendre ta langue. Sans grande surprise, les premiers pas, malgré des intentions louables, ont été délicats, approximatifs. L’accent porté sur le « beau jeu » et la recherche d’émotions restait très inaudible. Les bons mots n’étaient pas toujours alignés au bon moment. Et la répétition des exercices ne rimait pas vraiment avec progression. Inquiétant, sans vraiment l’être. L’année était à peine commencée. Nous n’étions pas distancés par nos camarades de promo. Mais la direction n’était pas du même avis. La même qui avait misé sur toi, trois mois plus tôt, déclarant « vouloir prendre quelqu’un dans la durée, dans le temps, car c’est comme ça qu’on construit » (Waldemar Kita, 25 juin 2018). La même qui te remplace, aujourd'hui, par Vahid Halilhodžić.

L'accroc contre Nice, à domicile, aura précipité ta chute. Et la dernière belle sortie à Lyon (1-1) sera survenue trop tard. Tu étais déjà condamné. Depuis bien trop longtemps... Notre histoire se referme donc un mardi 2 octobre 2018. C'est une histoire qui aura un éternel goût d'inachevé. On ne saura jamais vraiment ce qu'on aurait pu faire ensemble sur la durée. Mais je crois que la préoccupation première d'une partie de tes joueurs était de ne jamais le savoir...  

De ton passage, je retiendrai une image. Ta communion avec le parcage nantais à Strasbourg. Notre première victoire ensemble. Notre dernière, aussi... Ce soir-là, je me souviens t’avoir vu haranguer les fans, serrer les poings et le blason nantais, avec une énergie et une ferveur indescriptibles. Comme si ta vie en dépendait. Et il n’y a rien de plus important pour un supporter passionné que de se sentir reconnu et estimé. Toi, à l’inverse de ton désormais ex-employeur, tu as bien compris que nous étions, que nous sommes et que nous serons toujours le cœur de ce club. Celui qui le fait battre jour après jour. Celui sans qui le ballon rond ne serait plus grand chose. Juste pour ça, merci ! 

Et pour finir comme on a commencé, je te quitte sur une chanson. Pas de Charles, cette fois. Mais d’une autre icône, Dalida. Bonne route, coach ! « Miguel, Miguel / Le chagrin d'amour / Miguel, Miguel / Ne dure pas toujours / Miguel, Miguel / Ta belle t'a quittée / Une de perdue dix de retrouvées / Ouvre tes yeux tu verras près de toi / Une inconnue qui est prête à te croire… » 

Alexis Vergereau

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