Comprendre la laïcité grâce au fait religieux

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Etudier le fait religieux pour apprendre la laïcité;  CC0 Public Domain

La laïcité fait partie des sujets phares, à la fois des candidats aux primaires ou aux élections présidentielles, mais aussi en Loire-Atlantique. Après une semaine de la laïcité à Rezé fin novembre 2016, Nantes accueille plusieurs conférences au mois de décembre sur ce thème. Une notion des plus complexes, expliquée en partie grâce à l'enseignement du fait religieux, avec Anne Vézier, maître de conférence à l'Université de Nantes.

Lorsque l'on évoque la notion de laïcité, il est plutôt naturel de se trouver perdu. L'actualité, et notamment les candidats aux élections présidentielles, se sont emparés du sujet sans vraiment le définir. En octobre 2016, Emmanuel Macron fustigeait les tenants d'une laïcité qu'il qualifiait de "revancharde", une "arme contre un monothéisme et en particulier la religion musulmane".

En novembre, l'actualité était secouée par un débat autour des crèches dans les lieux publics. En décembre, Bruno Retailleau, à propos de la crèche de Vendée, définissait la laïcité comme, "la mise à distance de l'espace public du fait religieux".

Qu'est-ce que la laïcité?

Anne Vézier est maître de conférence à l'Ecole supérieure du professorat et de l'éducation de Nantes. Elle intervient sur la question de l'enseignement du fait religieux. Une discipline abordée non-pas lors d'un cours qui lui est dédié mais à travers les différentes matières au programme comme l'histoire, la musique, le français. Quand tout le monde s'empare de la question, le professeur tient à rester dans le cadre strictement scolaire.

Concrètement, la scolarité a pour mission d'initier les élèves au monde d'aujourd'hui, d'hier, et à les préparer à celui de demain. Le fait religieux est une discipline scolaire qui se charge de comprendre les racines d'une civilisation, pour en reconnaître les signes jusque dans la ville. Et justement, dans l'espace urbain mais aussi rural, les signes sont un peu partout.

C'est pourquoi Anne Vézier insiste sur le fait que pour mieux comprendre la notion de laïcité, il est primordial de bien différencier la sphère publique, qui doit être neutre, l'espace public, où il est possible de manifester sa foi sans pour autant faire de prosélytisme, et la sphère privée.

L'irréalisable interdiction des manifestations religieuses dans la ville, interview d'Anne Vézier, par Cerise Robin

Anne Vézier refuse de parler d'identité religieuse. Selon elle, "chacun dans sa conscience ou dans la société se construit des identités multiples. La citoyenneté en France ne se définit pas par l'identité religieuse".

Pourtant, ce ne sont pas les croyances mais bien la Religion et ses dogmes qui ont marqué l'histoire, donc l'identité des nations. Et cela ne concerne pas seulement la France et le catholicisme, qui y a dominé. A travers les rituels, ce sont plusieurs générations qui ont ainsi marqué leur entrée dans la société à laquelle elles appartenaient. Un univers culturel dont la survie dépend de sa transmission aux générations futures.

Mais pour Anne Vézier, cette idée porte aussi ses dérives. Entre éclectisme et sectarisme, la laïcité est, selon le professeur, avant tout un cadre, un principe constitutionnel qui va prévaloir sur tout le reste, et rendre possible le fait d'en parler à l'école.

Éduquer à la tolérance

Dans cette sphère, elle va permettre de dialoguer de sujets aussi sensibles que la foi, ses pratiques, ses règles et rituels, mais avec les outils donnés par l'enseignement scolaire, qui doit rester neutre. L'enseignement du fait religieux vise à la base à éduquer à la tolérance. En effet, l' École part du principe que se comprendre soi-même, permet de mieux comprendre les autres.

Au-delà des principes républicains de Fraternité, Liberté et Égalité, il faut expliquer aux enfants un concept tout aussi abstrait : la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Et là, il s'agit d'une autre paire de manche. La laïcité, ce n'est pas étudier en apprenant par coeur les textes de la Torah, de la Bible ou du Coran. C'est comprendre leur naissance, leurs changements, leurs décisions et évolutions. La laïcité doit être éloignée des idées politiques, religieuses, émotionnelles. On passe ainsi de "Dieu à l'école" à "L'histoire des religions à l'école".

"Inscrite dans le préambule de la Constitution, la laïcité est d'abord un principe fondamental et fondateur de la République. Elle relève d'un idéal universaliste d'organisation de la Cité. Idéal d'un monde commun à tous les hommes par delà la diversité de leurs options spirituelles et par delà leurs particularismes, la laïcité vise à unir les hommes par ce qui leur est commun en droit, par ce qui les élèves", définit le site Eduscol.

Il ne s'agit pas d'une liberté religieuse mais d'une liberté de conscience.

Pour Anne Vézier, si à la base l'idée était d'éduquer à la tolérance, elle n'est pas tout à fait juste.

La tolérance, interview d'Anne Vézier, par Cerise Robin

La laïcité est en fait un principe constitutionnel qui impose la neutralité de l'État et de ses agents fonctionnaires vis-à-vis des religions. Ce qui ne signifie pas qu'il est interdit de montrer ses croyances. Aujourd'hui, l'enseignement scolaire réfléchi à une façon de laisser les élèves s'exprimer, et de ré-utiliser leurs propos, leurs enseignements, travailler avec eux sur les marques du religieux, la place des religions dans les sociétés, pour approfondir l'approche non-pas d'une croyance, mais des sociétés. Pour mieux les comprendre.

Portrait de Cerise Robin

Cerise Robin