Conte candide d'amour et d’humour sur fond de révolution tunisienne par Férid Boughedir

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De retour après 20 années d’absence sur grand écran, Férid Boughedir présente Parfum de printemps, troisième film de fiction du réalisateur, né en 1944 à Hammam Lif, en Tunisie. Halfaouine, l'enfant des terrasses réalisé en 1990, reste le film tunisien le plus vu à ce jour. Le réalisateur avait également tourné pour la télévision Villa Jasmin en 2008 et réalisé des documentaires et des courts-métrages, parmi lesquels figure sa série de Caméra. Journaliste et critique cinéma pour la revue Jeune Afrique depuis 1971, Férid Boughedir est enfin professeur de cinéma à l'Université de Tunis.

Dans Parfum de Printemps, Aziz, surnommé « Zizou », jeune diplômé au chômage, quitte son village du Sahara pour monter à la capitale, Tunis, en quête d’un métier. Il devient installateur de paraboles sur les toits. Encore honnête et candide, le jeune homme circule dans tous les milieux, des plus aisés aux plus démunis, des modernistes « branchés » aux partisans du régime despotique, ou aux opposants islamistes clandestins. Mais tout cela c’était avant que l’amour ne pointe son nez au calme d’une terrasse, sur fond de révolution tunisienne. Zied Ayadi est un acteur complètement débutant que le réalisateur a découvert au sein d'une troupe de théâtre amateur. A l'origine, le comédien est fonctionnaire au ministère des Finances tunisien.

« Malgré ce que les gens pensent, je n’ai pas eu de difficultés à réaliser un Parfum de Printemps car l’un des acquis de la Révolution est la liberté d’expression. La candeur face à la société tunisienne donne aux spectateurs une idée authentique de la révolution.» Férid Boughedir

 

Zied Ayadi incarne "Zizou" dans le long-métrage Parfum de Printemps

Les évènements du printemps arabe débutent en décembre 2010 par la révolte de Sidi Bouzid à Tunis. Ce qui marque dans le cinéma de Férid Boughedir et touche le spectateur c’est la dose d’humour qui accompagne des sujets politiques, religieux ou sociétaux parfois graves mais avec une forme d’ironie communicative. Dans le film la narration prend la forme d’un conte, Aïcha parlant de l’Ogre et de la sorcière pour qualifier ses bourreaux alors que le pouvoir dirigeant est évoqué sous la métaphore d’une reine et de ses 40 voleurs. L'auteur cite Pain et Chocolat en référence d'une désinvolture par le rire, la comédie dramatique de Franco Brusati réalisé en 1974 et montrant avec humour les déboires d'un Italien isolé dans un pays si différent du sien.

«L’humour donne une distance salutaire par rapport aux choses, si on peut en rire, on en souffre moins. » Férid Boughedir

 

 

La démocratisation des images est constante via les réseaux sociaux ou la  télévision, la facilité d’accès aux images appuie l’immédiateté de l’information et donne un nouvel élan à la créativité en contournant la censure vers d’autres canaux de diffusion des films. En 2014, Férid Boughedir reçoit le prix Henri Langlois pour la défense de la mémoire des cinémas arabes et africains. Le militant est également à l'origine de la création du du projet de Fond panafricain du cinéma et de l’audiovisuel, visant à aider au financement des cinémas africains et à leur diffusion.

« Après Halfaouine, l'enfant des terrasses,  film tunisien le plus vu à ce jour, je ne pouvais devenir un cinéaste égoïste qui ne s’occuperait plus de promouvoir le cinéma de son pays et de son continent. » Férid Boughedir

Le réalisateur a été victime de la censure du ministère de la culture sous le régime de Ben Ali, après s'être opposé aux coupes dans un film de Nouri Bouzid. En plus de ses activités de militant très prenantes, cette censure explique en partie le long silence du réalisateur pendant deux décennies.

 

 

En 1996, son œuvre Un Eté à la Goulette démarrait par ces mots :
« Comment pour moi, arabe et musulman vivant en terre d’islam, parler le plus justement possible de l’amitié et de la tolérance vécue entre Juifs et Arabes, entre musulmans et catholiques en Tunisie, à l’heure où dans le monde on s’entretue pour sa religion et où l’intégrisme voudrait imposer partout une pensée unique ? Comment dire la sensualité quotidienne de ma société qui a toujours réussi à placer la vie au-dessus de tous les dogmes ? En parlant de ces choses simples que j’ai vécu…à La Goulette ». Et s’il était une fois 2016 avec un début de partition similaire à une époque où la réalité remplace a regret la fiction.

 

SUNCulture du mercredi 20 avril avec le réalisateur, journaliste et professeur de cinéma Férid Boughedir et Charlotte Farouault, enregistré au Cinéma Bonne Garde avec la participation de l’association Cinéphiles 44.
Crédits Musique : Bande Originale – Parfum de Printemps par Férid Boughedir (2016)

 

Portrait de Charlotte Farouault

Charlotte Farouault