Des solutions face à la violence faite aux femmes

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 Face à la violence, un numéro vert : 3919 CC0 Public Domain

"Les gens disent que je suis une imbécile,

Il est impitoyable et aussi cruel

Mais en dehors de ça, il est bien avec moi"

Bessie Smith, Outside of That, traduit de l'anglais.

 

Dès 1923, Bessy Smith chante son histoire d'amour avec un homme, sur un air de blues. Dans la chanson blues Outside Of That, elle revient sur le jour où son conjoint lui a cassé deux dents et explique combien il est difficile de quitter un homme violent, certes, mais que l'on aime ou a aimé.

C'est aussi avec cet argument que répond Charlotte Gazzera, vice-procureur et référente des affaires conjugales au Palais de Justice de Nantes, lorsqu'on lui demande pourquoi les femmes victimes de violences, qu'elles soient psychologiques, physiques, sexuelles ou morales, ne claquent pas tout simplement la porte de leur domicile.

"Tout d'abord, la peur. La peur de se retrouver dans le dénuement. Ensuite, parce que c'est aussi son amoureux, cet homme. Et enfin, parce qu'il persiste une certaine honte. Celle ne pas avoir réagi, une culpabilité de la victime."

Une solution : porter plainte

En 2016, 825 affaires de violences conjugales ont été enregistrées par le parquet de Nantes. Elles concernent des femmes dans 83% des cas.

Travaillant avec la justice, l'association Solidarité femmes relève, elle, 1,249 personne ayant fait appel à ses services durant l'année 2015. Des chiffres qui ont tendance à stagner.

Le véritable parcours du combattant pour les individus voulant porter plainte est souvent évoqué. Une main courante pouvant aboutir sur un non-lieu, le problème des preuves pour un événement qui se déroule dans l'intimité. Mais une main courante est une première pierre pour le dossier. Il est également possible de demander un témoignage de son médecin traitant, de ses voisins, collègues, ou amis. Même s'ils n'ont pas vu directement les choses, ils peuvent apporter leur voix et ainsi déclencher une enquête. 

"La prison n'est pas un remède"

Dans le cadre de la permanence d'orientation pénale qu'assure l'Association d'Action Éducative Loire-Atlantique, il lui est possible d'organiser l'hébergement de l'auteur des faits si elle est saisie d'une procédure ouverte. A défaut de places disponibles le soir même ou le week-end, il pourra bénéficier de trois nuitées d'hôtel préfinancées. Entre janvier et juin 2016, six personnes en ont profité. Contre vingt-trois ayant fait l'objet d'une demande d'éviction, c'est-à-dire ayant été retiré de leur logement.

Autre dispositif mis en place, et dont l'expérience s'avère positive, les Téléphones Grave Danger. A Nantes, cinq sont financés par l'Etat, un par la collectivité. Ils sont accordés aux femmes dont le compagnon rode autour de chez elles. Traîne autour du logement, va demander aux voisins des informations, etc.

Il s'agit d'un smartphone classique, à la différence d'un clapet situé sur la coque. S'il est levé puis rabattu violemment, il permet d'appeler directement l'opérateur, qui va déclencher une alerte. Les services de police seront alors prévenus. Chaque appareil coûte 1.200 euros par an. 

Pour Catherine Perrigaud, membre du Planning Familial et gynécologue à Rezé, il y en a encore trop peu.

C'est du côté des hommes que la justice cherche des solutions, en proposant des alternatives à l'incarcération. Car, selon la vice-procureur et référente des affaires conjugale Charlotte Gazzera, la prison n'est pas un remède.

La prison n'est pas un remède, interview de Charlotte Gazzera, par Cerise Robin

Charlotte Gazzera s'accorde avec la coordinatrice de Solidarité femmes 44 Emmanuelle Beauchêne : la justice ne peut pas tout. Il est nécessaire d'éduquer, sensibiliser.

La base du problème, pour Emmanuelle Beauchêne, par Cerise Robin

Pour Catherine Perrigaud, il faut aussi apprendre à dire non, à respecter son corps et à faire le tri parmi le flot d'informations véhiculées par le cinéma, son passé familial, ou tout simplement les codes d'une société.

Charlotte Gazzera, Catherine Perrigaud et Emmanuelle Beauchêne expliquent qu'il n'y a pas plus de violence conjugale aujourd'hui. Il y a surtout libération de la parole, notamment grâce au web, où des youtubeurs comme des sites internet ou des forums, vont venir dénoncer la violence conjugale, mais aussi gynécologique, le slutshaming, ou encore le harcèlement de rue.

Portrait de Cerise Robin

Cerise Robin