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Enchanteurs • ep.1 la légende de Morrigan

Pensez-vous bien connaître les sorcières ? Croyez-vous qu’elles ont toutes le nez crochu, et ce rire démoniaque à vous glacer le sang lorsqu’elles vous jettent quelques mauvais sorts ? Remontons le temps. 

Bien avant Halloween, les crapauds, les balais, les chauves-souris et les pommes empoisonnées... d’autres récits inspiraient nos ancêtres. Dans la mythologie irlandaise, la déesse Morrigan était la plus sombre de toutes. Déesse guerrière encourageant les hommes sur les champs de bataille, elle était aussi annonciatrice de funestes destins. Les combattants désiraient sa présence pour se donner force et courage, autant qu’ils redoutaient ses mauvais présages. Morrigan, qu’on appelle aussi, « Reine des fantômes » apparaissait sous la forme d’une corneille et quiconque entendait ses cris ou ses battements d’ailes effrayants, savait que la fin était proche. 

A l’instar de toutes les sorcières et des mauvaises fées qui la succèdent, Morrigan était à la fois attirante et repoussante. Nombres de récits dépeignent une très belle jeune femme, quasiment irrésistible, animée par ses désirs insatiables. Nous sommes loin du cliché repoussoir de la sorcière que nous connaissons aujourd’hui : vieille, mal coiffée ou défigurée, ne suscitant que laideur et méchanceté.

C’est ainsi que la légende de Morrigan traverse le temps et qu’elle inspire, dit-on, d’autres personnages après elle. La fée Morgane par exemple, figure mi-païenne, mi-chrétienne est un célèbre personnage de la légende arthurienne. Parmi les caractéristiques qu’elle partage avec la déesse, la fée Morgane se transforme en corneille, prédit la mort et les malheurs à venir, séduit et manipule les hommes, jusqu’à les inciter au crime et à la trahison. Elle exerce son esprit vindicatif contre les malheureux qui osent la repousser. La fée Morgane incarne alors tout ce que la femme ne doit pas être aux yeux de la religion qui s’impose à l’époque. Tout ce qu’une femme serait si sa nature profonde n’était pas “maîtrisé”. On raconte ses innombrables conquêtes, les hommes envoûtés et prisonniers dans son château au Val sans retour, ses ruses pour accéder à ses ambitions dévorantes, ou répondre à sa soif de vengeance.

Puis, quelque fois, entre les lignes, et selon les sources, on peut lire combien elle était intelligente, douée pour l’Art de la magie, ambitieuse, sensible… Trop sensible ? On décrit une femme qui n’a pas su maîtriser ses émotions, refréner ses sentiments. On entrevoit alors comment ces qualités se sont retournées contre elle, quand d’autres ont vu, en Morgane, une menace. Et si, la fée Morgane, la déesse Morrigan et toutes les sorcières montraient depuis toujours un seul et même visage de l’humanité ? Celui que nous arborons quand les peurs et les pulsions nous traversent, mais aussi et surtout, le visage indomptable de l’être empli de sentiments, de celui ou de celle qui sait rester libre de penser différemment.

 

Céline Bouglé
Julien Weber 

 

Pour aller plus loin sur le sujet :

• Sorcières: La puissance invaincue des femmes
Mona Cholet

• Les Sorcières - Une histoire de femmes
Céline Du Chéné

• l'Enchanteur
René Barjavel