L'arbre, pansement à la crise agricole et environnementale

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Oliviers à Thasos, en Grèce

Des arbres pour répondre à la crise agricole ! L'agroforesterie, à la fois ancestrale et innovante, pourrait représenter une solution. La rédaction de SUN a rencontré Yves Gabory, le directeur de l'association Mission Bocage, pour parler de cette technique encore peu connue du grand public.

Lors du 53e salon de l'agriculture en mars 2016, un climat de crise planait sur les participants. Entre le réchauffement climatique, les problèmes financiers rencontrés par les exploitants et la volonté politique, plusieurs alternatives sont mises en place. Parmi elles, l'agroforesterie. 

Il s'agit de pratiques agro-écologiques qui intègrent l'arbre dans un environnement de production, en s'inspirant du modèle forestier. Ce système de gestion des ressources naturelles permet de diversifier et de maintenir la création alimentaire, afin d'améliorer les conditions sociales, économiques et environnementales de l'ensemble des habitants d'un territoire.

Des arbres multifonctionnels

Derrière ce mot généraliste, se cachent de nombreuses pratiques. Elles permettent de répondre, au cas par cas, aux soucis rencontrés par les exploitants. Formes bocagères, prés-vergers, prés-bois, alignements de peupliers ou encore plantations de noyers associées à l'élevage, il y en a pour tous les goûts. Et ce système est multifonctionnel.

Ainsi, il peut produire du bois et du fourrage, des abris pour les animaux, lutter contre l'érosion, stocker du carbone, diminuer peu à peu le changement climatique, limiter le ruissellement, ou encore réduire des besoins en intrants. En effet l'arbre va nettoyer les milieux aquatiques et les sols, se nourrir du CO2, tout en créant micro-climat. Développée, cette méthode est une solution, qui n'est pas unique, mais qui vise à petite échelle à créer un cercle vertueux pour, à grande échelle, améliorer la situation environnementale. 

L'Association Mission Bocage, présente dans le sud angevin, veille à ce que chaque plante participe au développement et à l'identité territoriale. L'organisme évalue la manière dont les bois vont intervenir sur l'eau, fixer les énergies et favoriser les plantations.

Ses experts se rendent sur le terrain, comme à Bégrolles en Mauges et à La Tessoualle, pour réaliser une étude de faisabilité, et conseiller les agriculteurs sur le type d'arbre à mettre en terre. Car en effet, comme l'explique Yves Gabory, le directeur de Mission Bocage, l'arbre a plusieurs branches à son tronc.

Choisir le bon arbre, interview Yves Gabory, par Cerise Robin

Des arbres, ces pansements contre le changement climatique

Pour éviter des problèmes génétiques, et être assuré de l'adaptation de la plantation au territoire, Mission Bocage a choisi de jouer sur le label "Végétal Local". Celui-ci a été initié par la Fédération des Conservatoires Botaniques Nationaux, Plante et Cité, ainsi que par l'Afac-Agroforesterie. Il doit garantir la provenance et la traçabilité des graines, selon un cahier des charges rigoureux et contrôlé. La localité permet également de ne pas bouleverser la biodiversité naturelle.

Toujours dans un soucis agro-écologique, l'Institut National de la Recherche Agronomique, ou INRA de Montpellier, a démontré dans une étude en 2013, que ce système "ressort comme l’une des 10 actions destinées à lutter contre le changement climatique. Et c’est quantifié : un peuplement agroforestier de faible densité, 50 à 100 arbres, peut augmenter le stock de carbone de 1 à 2 tonnes/ha/an".

L'agroforesterie n'est pas qu'une question environnementale et paysagère. En effet, selon Yves Gabory, le rendement serait 1,4 fois supérieur à un gain classique. Il ajoute que l'on constate une amélioration des taux de protéines et de vitamines dans les produits, comparés à ceux provenant d'un plateau dénudé ou plein champ.

Le secret ? La diversification des cultures, comme l'explique ci-dessous Yves Gabory.

Multiplier les règles biologiques, interview de Yves Gabory, par Cerise Robin

Le Ministère de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt développe une politique extrêmement favorable à l'agroforesterie. Un programme national, décliné à l'échelle régionale, avec un soutien financier accordé aux agriculteurs. Appliquée en janvier 2015, la réforme de la Politique Agricole Commune comporte plusieurs éléments relatifs à la prise en compte des haies et des arbres dans les mécanismes d'aides.

Pour y accéder, il est nécessaire de remplir plusieurs critères stricts, trop lourds pour certains producteurs. Pour Mission Bocage, des projets sont ainsi abandonnés alors qu'ils ont du sens. C'est pourquoi l'association dépose et recherche des financements privés, comme dernièrement sur la plateforme Ulule.  

Portrait de Cerise Robin

Cerise Robin