Mois sans tabac : Inégalités sociales face au tabagisme

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Tolérance zéro pour le mois sans tabac. Dans la lutte contre la nicotine et ses maladies, la meilleure action est d'arrêter de fumer. Mais tous ne sont pas égaux face à la cigarette. Serge Karsenty est sociologue et chargé de recherche honoraire au CNRS, laboratoire "Droit et changement social". Il explique les déterminants sociaux qui y sont liés.

"La cigarette tue tout doucement. 250 milliards de morts par an" chantait Sanseverino.

Selon le Baromètre santé 2014 de l'Inspes, les fumeurs réguliers, c'est-à-dire consommant de cinq à quinze produits par jour, sont les plus nombreux chez les 20-25 ans et les 26-34 ans. Une jeune génération, pourtant élevée avec prévention anti-tabac. D'une façon plus globale, les adeptes quotidiens de la nicotine ont très peu baissé entre 2010 et 2014, passant de 29,1% à 28,2% de la population française. Les hommes seuls de 65 à 75 ans fument plus, à l'instar des femmes du même âge, et à l'inverse de celles âgées de 20 à 44 ans qui enregistrent une baisse significative.

Entre 2000 et 2010, les inégalités sociales face au tabagisme se sont elles aussi renforcées. Les ouvriers sont les plus nombreux à être addicts avec 37,8% de fumeurs. De même pour les agriculteurs dont le pourcentage a évolué, de 2010 à 2014 de 12,2% à 20,6%. Les cadres et professions intellectuelles supérieures, les employés et les professions intermédiaires sont elles restées stables.  

 

Les inégalités sociales

Les inégalités sociales, par Cerise Robin

 

Pourtant, ce sont les intellectuels qui, les premiers, ont utilisé la cigarette comme outil d'identification à une catégorie sociale. Toute une époque où les penseurs allumaient leur tige blanche. En 1929, Freud clamait encore son amour pour la nicotine, lui qui avait commencé à 24 ans avec pour modèle son père, lui même grand amateur, et malgré ses troubles cardiaques. Il n'était pas seul à succomber au vice et à en faire presque une marque de fabrique : Sartre, Tati, Malraux. La cigarette était la marque du penseur, du branché. Un marqueur d'appartenance, ou de volonté d'appartenance sociale.

Interview de Serge Karsenty, des inégalités sociales pour le tabagisme, par Cerise Robin

Des inégalités sociales notamment dans les lycées, comme l'explique plus haut Serge Karsenty, sociologue et chargé de recherche honoraire au laboratoire "Droit et changement social" du Centre National de la Recherche Scientifique à l'Université de Nantes. Selon le Comité national contre le tabagisme, c'est à l'adolescence que les fumeurs réguliers commencent. Une première cigarette située en moyenne entre 11 et 12 ans, soit au moment d'entrer au collège. Le niveau de diplôme est associé au tabagisme. En effet, selon l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé, les plus diplômés sont moins souvent fumeurs. De 2005 à 2010, les personnes n'ayant aucun diplôme étaient de plus en plus à céder à la nicotine, de 30% à 34%.

Plus encore chez les chômeurs avec 44% en 2005, ils sont passés à 51% en 2010. Les personnes en situation de précarité semblent moins sensibles aux messages de prévention. Déterminant majeur, la capacité à se projeter, qui se trouve amoindrie avec la pauvreté matérielle et l'insécurité au niveau professionnel et financier.

 

"Ces inégalités face à l'exposition à un risque majeur pour la santé nécessitent un investissement des pouvoirs publics d'autant plus important que cette situation s’ajoute à des situations sociales déjà difficiles. La hausse des prix du tabac pourrait contribuer à paupériser une minorité de fumeurs. Schématiquement, les pauvres fument plus souvent, et les fumeurs pauvres fument davantage, alors même qu’ils peuvent moins se le permettre", selon l'INPES.

 

L'inactivité, une autre manière d'expliquer la cigarette. Il s'agit ainsi d'un outil qui, dans une situation inibante, permet de mimer l'action, de se donner de la "consistance", comme l'explique une jeune fille dans une interview dont se souvient Serge Karsenty. 

La cigarette donne de la "consistance", Serge Karsenty, par Cerise Robin

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Portrait de Cerise Robin

Cerise Robin