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Six pieds sur terre, une comédie d'anticipation à Nantes

Au commencement, l'homme marcha sur la terre. Au sens littéral ! La compagnie Tribouille, nous emmène Six pieds sur Terre, au Studio Théâtre de Nantes.Une comédie d'anticipation à la poésie burlesque, entre jeux d'enfants, monstres industriels et lutte contre le vieillissement. Un regard sans concession sur notre univers et sa destruction.

Pierre Roba est assis seul, sur la scène. Il dicte à son portable l'installation des spectateurs. Il attend, décompte les minutes, tandis que Solène Genre et Frédéric Riclet installent derrière lui les décors, très simples. Une table, deux chaises, de la glaise et du papier journal.

C'est avec cette sobriété, six mains et un humour noir et absurde que les trois comédiens content les débuts de la Terre, mais aussi sa fin. Au coeur de l'intrigue, des sauts d'un temps à l'autre. En une heure, le triangle grandit. D'enfants qui s'aident à marcher au ralentit, ils deviennent des personnages sombres et sans visage décidant du devenir d'un corps qui ne peut plus vieillir, mourir, et se décomposer.

"On dirait que c'était la nuit"

C'est autour du temps que se noue le fil de Six pieds sur Terre, mise en scène par David Humeau. La compagnie Tribouille fait appel à une temporalité sans légitimité, puisqu'elle ne représente plus rien. "L'heure du dodo" est décidée arbitrairement, la jeunesse se compose au présent, mourir à 93 ans devient une rareté, un drame. 

La rareté, c'est aussi la fin. Celle d'un monde qui marche sur la tête, rendu plus fou encore par l'aspect burlesque cette création. Celle aussi des amérindiens, des ours polaires, des baleines bleues. Au centre de journaux éparpillés, dans l'autoroute de l'information, le trio liste les derniers de leur espèce ou de leur civilisation.

"L'univers semble se remplir petit à petit"

Si les gradins se remplissent à l'arrivée des spectateurs, la scène aussi. Au départ éloignés, les décors se rapprochent et s'éparpillent. Les journaux sont dépliés, recouvrant le sol. Ils sont aussi chiffonnés pour modifier les corps, aussi modulables que la terre. Elle-même se transforme en masque pour visage, en bol, en cuillère, jusqu'à provoquer l'hilarité des comédiens. Lesquels ne cessent de bousculer les frontières, incluant puis oubliant les spectateurs dans un jeu qui se joue six pieds sur scène.

Ci-dessous, interview complète de Pierre Roba. 

 

Crédit photos : Anne Groisard