Souriez, vous travaillez ! Le bien-être au travail a le vent en poupe

Ballons, "D Sharon Pruitt" credit

"La première condition du bonheur est que l'homme puisse trouver sa joie au travail" écrivait André Gide. Des entreprises et des associations s'y emploient désormais, introduisant peu à peu la notion de bien-être au travail comme innovation nécessaire. Nouvelles valeurs ou nouvelles lubies ? Entretien avec une passeuse de bonheur angevine et un professeur en droit du travail nantais.

Happiness Managers, entreprises libérées, cahiers du bonheur, des méthodes encore balbutiantes en France, plus répandues aux Etats-Unis, revendiquent un autre rapport au travail. La notion de bien-être dans son emploi est américaine. Elle est née d'une prise de conscience : la plupart des employés viennent seulement faire leurs heures avec, en ligne de mire, le chèque à la fin du mois.

Entrée dans l'ère des services mais aussi du numérique, la fonction de l'humain dans une entreprise est modifiée : intellectualisation des tâches, rationalisation, coworking, recherche constante de productivité, de créativité et d'innovation, changent le rapport-même à l'emploi. Dans le même temps, le code de travail ouvre la voie à des notions plus subjectives qu'auparavant.

Le stress responsable de la moitié des arrêts maladies

Le Trust Index, généré par l'Institut Great Place to Work, rassemble et classe les entreprises où il ferait bon travailler via 58 paramètres. Pour être retenu dans ce listing, il est nécessaire que les employés aient une bonne perception de leur société. Parmi les arguments retenus on trouve la confiance envers les dirigeants, leur appréciation des collègues, la fierté d'occuper un poste en particulier. Cet index national et régional permet un rayonnement considérable des structures. A Nantes, des start-ups s'y mettent à plein temps comme iAdvize, Atlantic 2.0, ou encore Intuiti

Oeuvrer pour le bien-être de ses salariés est également un bon moyen d'assurer leur productivité. En effet, 10% à 25% de l'efficacité d'un individu est imputables à son bien-être psychologique. 50 à 60% des arrêts maladies sont dûs au stress. Fatigue chronique, burn-out, autant d'éléments pris en compte par la Justice, qui les a intégrés au code du travail. Comme l'explique Franck Héas, professeur en droit, spécialisé dans le droit du travail, à l'Université de Nantes.

Interview de Franck Héas, "une notion subjective" introduite dans le code du travail, par Cerise Robin

Mais comment rendre heureux ses employés? Avalanche de goûters, manager chargé de veiller au sourire des salariés, augmentation de l'autonomie de chacun, abandon des barrières hiérarchiques, reconnaissance, les entreprises libérées ne tarissent pas de créativité.

Un investissement des entreprises qui peut aussi être personnel. L'association nationale la Fabrique Spinoza a lancé fin 2015 une Université du Bonheur où elle formée des "Passeurs de Bonheur". Ces bénévoles sont environ 500 en France. En décembre 2016, le concept s'implante dans les Pays de la Loire. Violaine Berté est juriste dans une association tutélaire à Angers. Elle est également passeuse de bonheur dans son entreprise et pour elle, le bonheur, c'est une action au quotidien.

Interview de Violaine Berté "Je commence par un sourire", par Cerise Robin

Tous les passeurs de bonheur sont bénévoles. Ils agissent parfois à visage couvert pour polliniser les entreprises les unes après les autres, au-delà du principe de productivité.  

Portrait de Cerise Robin

Cerise Robin