Accueil des migrants : l'exemple de Saint-Brévin-les-Pins pour relativiser

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L'accueil des migrants divise jusque dans les villes, à l'image de Saint-Brévin-les-Pins, en Loire-Atlantique, où l'ouverture prochaine d'un centre d'accueil et d'orientation (CAO) a créé la polémique. Une situation qui en illustre d'autres, avec le démantèlement de la jungle de Calais où près de 9,000 personnes vivent dans des conditions inhumaines. Pourtant, du côté des élus, l'heure est à la temporisation. 

La loi de juillet 2015 prévoit un schéma régional d'accueil des demandeurs d'asile, élaboré pour la période 2016-2017. Il inclut une répartition équitable des arrivants dans les Pays de la Loire. Dans le cadre du programme de relocalisation de l'Union européenne, des hommes, des femmes mais aussi des enfants venus du bidonville de Calais, sont emmenés dans des centres d'accueil territoriaux. Ils n'y restent que quelques mois. Le dispositif mit en place permet une meilleure prise en charge de ces personnes coincées aux portes de la Grande-Bretagne.

L'idée étant de leur donner du temps pour se retourner, envisager leur vie et peut-être, faire une demande d'asile. Car selon l'Office Français de protection des réfugiés et apatrides, 80% d'entre-eux peuvent y prétendre. Le rôle de l'OFPRA se joue à ce niveau. Les migrants expriment leur volonté de devenir réfugiés et sont acheminés vers 6 places régionales, dont une dans la région nantaise.

Mais qu'est-ce qu'un demandeur d'asile ? Il s'agit d'une personne sollicitant la protection d'un pays car elle fuit la Guerre ou les persécutions, aussi bien touchant à l'orientation sexuelle que racistes ou religieuses. Une fuite empêche tout retour dans sa nation, sous peine d'être emprisonné, ou tué. La France s'est engagée à recevoir un peu plus de 30,000 d'entre-eux sur deux ans. Durant l'évaluation accélérée de leur dossier, qui dure 4 mois environ, ils ont les mêmes droits et devoirs que ceux relevant du droit commun. 

Etat des lieux

Depuis un an, environ 5,500 ont été pris en charge dans 164 centres d'accueil et d'orientation, répartis dans 80 départements. 90% ont déposé une demande d'asile, analysée par l'OFPRA qui décidera si elle est ou non légitime. Si c'est le cas, devenus réfugiés, les individus auront accès à un logement pérenne. Ils ont pour vocation de s'insérer durablement et ont accès au marché du travail et aux aides sociales du droit commun.

Le plan de démantèlement de la jungle de Calais, où vivent environ 9,000 migrants est au centre des débats. Il s'agit du nombre le plus élevé depuis la création du camp dans les années 2000. Dès l'été 2015, le gouvernement s'était fixé pour objectif de ramener cette population à 2,000. Un nombre qui représente la capacité initiale du camp. Ils logent dans un centre provisoire d'une capacité de 1,500 places, dans les installations en dur du centre Jules Ferry, mais aussi dans des cabanes, des tentes, ou directement dans la rue.

Le 2 septembre 2016, le Ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve s'était rendu à Calais pour annoncer le démantèlement complet du lieu avant la fin 2016, et coche une date sur son calendrier : ce sera le 17 octobre. Une décision qui a provoqué les foudres du milieu associatif, notamment dans une réunion lundi 10 octobre 2016, à l'issue de laquelle les humanitaires se sont déclarés contre l'opération gouvernementale, estimant que démanteler ne signifie pas endiguer un afflux de clandestins qui se retrouveront dans d'autres camps, peut-être moins organisés, à leur arrivée.

Dans les communes, l'accueil des migrants n'est pas toujours bien reçu

Le samedi 8 octobre, des milliers de personnes ont manifesté dans quatre communes françaises. Certains favorables, d'autres opposés à l'arrivée prochaine de clandestins. Une réaction qui rappelle celle des habitants de Sain-Brévin-les-Pins, divisés depuis l'annonce de la création d'un centre d'accueil dans le centre de vacances de la Caisse centrale des activités sociales d'EDF. A la veille du week-end, le 7 octobre, des coups de feu étaient tirés sur le local. En réaction, le maire Yannick Haury et le Préfet de Loire-Atlantique Henri-Michel Comet s'étaient réunis le jour-même pour relativiser.

Dans le département, aucune autre réaction de cette ampleur n'avait été observée. 117 migrants ont déjà été reçus dans les centres d'accueil départementaux de Gétigné/Clisson, Saint-Herblain et à Vertou. Selon l'élu, il n'y a néanmoins qu'une minorité de personnes à réagir de manière aussi négative. La ville doit accueillir 50 personnes au maximum, qui seront accompagnées sur place par l'association Trajet. Le dialogue avec la préfecture revenu, Yannick Haury veut tempérer les choses : il n'y aura pas comme précédemment annoncé, uniquement des hommes seuls.

Que chacun contribue au démentellement, interview du 08 octobre 2016 avec Yannick Haury

Relativiser

Pour les élus, il faut relativiser. Relativiser d'abord la colère des brévinois qui, selon Yannick Haury, a été déclenchée par le flou de la procédure.

Le flou a provoqué les tensions, selon Yannick Haury

Relativiser également l'afflux des migrants. Le préfet Henri-Michel Comet a rappelé lundi 3 octobre que si les individus ne peuvent prétendre au statut de réfugié, ils sont reconduits à la frontière. En un an, leur nombre a doublé. Pour lui, le maître mot est "maîtriser".

De quoi parle-t-on, interview du 03 octobre avec le Préfet de Loire-Atlantique Henri-Michel Comet

Le directeur général de l'OFPRA appuie les propos du préfet. Pour le nantais Pascal Brice, il est nécessaire que les citoyens comprennent que toute décision est prise de manière rigoureuse et humaine.

Un afflux pas aussi massif, interview de Pascal Brice, directeur général de l'OFPRA, 03 octobre

Il n'y aura pas de petit Calais dans les Pays de la Loire. D'autres places devraient s'ouvrir sur le territoire, à charge pour la préfecture de trouver un centre, une association partenaire, et un bon niveau d'acceptabilité sociale. Ce qui semble de moins en moins bien engagé.  

 

Comprendre en un coup d'oeil, par Cerise Robin

Comprendre en un coup d'oeil, par Cerise Robin

Lundi 24 octobre 2016, Saint-Brévin-les-Pins a accueilli 47 personnes, à Nantes, 12 sont déjà installés et 40 arrivent dans la région le 25 octobre. Saint-Herblain en a reçu 28, dans des Centres d'accueil et d'orientation (CAO). L'Etat en assurera 100% du financement.

 

Portrait de Cerise Robin

Cerise Robin