Les radios communautaires dans le monde

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A l'occasion de la journée mondiale de la radio organisée par l'Unesco le samedi 13 février 2016, la rédaction de SUN s'est intéressée à la radio communautaire, un média fait par et pour une communauté, qu'elle soit géographique, sociale ou encore ethnique. Il en existe des milliers dans le monde et nous allons nous pencher sur trois pays dans lesquels ces radios sont présentes : le Niger, le Canada et le Chili.
Co-écrit par Clémence de Sagazan , Jean-Baptiste Maître et Arnaud Gruet.

 

Au Niger, pays décolonisé depuis 1960, où le taux de pauvreté de la population atteint près de 50% (selon une étude de la banque mondiale), les radios du Réseau des Radios Communautaires et Rurales du Niger, Reracor, se sont développées. La première s'est installée dans la commune de Bankilaré, à l'ouest de la capitale Niamey, l'un des villages les plus pauvres du pays. Premier coordinateur du Reracor, Ousseini Idrissa est également animateur sur la radio communautaire Boukoki, qui est destinée aux jeunes nigériens de Niamey. Son réseau tente de développer la prise de conscience politique des populations. Il explique que "le choix de Bankilaré n'était pas fourtuit, il existait dans cette commune des problèmes de santé, d'éducation et de développement agricole".

Aujourd'hui, ce sont 129 radios communautaires qui s'échangent des programmes, ce qui permet de traiter de sujets politiques, au travers de débats, d'émissions thématiques ou de sketchs, sur tout le territoire. L'idée est de pacifier le pays en période d'élections. "Nous cherchons à faire comprendre aux Nigériens que la politique est avant tout un dialogue et d'un débat d'idées", continue le coordinateur. Les élections législatives, qui débuteront le 21 février 2016, seront un enjeu important pour le Reracor.

Retrouvez ci-dessous l'intégralité de l'entretien avec Ousseini Idrissa.

 

 

A l'inverse, au Canada, il y a peu de places laissées aux radios communautaires ou dites "de communauté". Dans la province francophone du Québec, plus précisemment, ces médias sont régis par l'Association des Radiodiffuseurs Communautaires du Québec, l'ARCQ. Fondée à la fin des années 70, l'ARCQ a pour mission de contribuer au progrès et à la renommée de la radiophonie francophone mais ne regroupe qu'une petite trentaine de radios communautaires. Dans cette région du monde où cohabitent une pléthore de communautés, le nombre de ces médias est insuffisant par rapport à la demande. Selon Robert Laplante, coordinateur de la rédaction de Radio Centre Ville, à Montréal, ce chiffre s'explique par le fait que "les radios communautaires ne sont pas financées par l'Etat [...] et étant donné leur statut associatif, doivent trouver des financements par elles-mêmes". Il ajoute que "le marché publicitaire appartient en principe aux radios privées donc les radios communautaires ont plus de difficulté à trouver des publicités".

Pour palier à ce manque de financement, Radio Centre Ville a fait le choix en 2015 d'investir massivement (à l'aide de subventions) dans un local pour y créer l'Auditoire, un lieu de convivialité où les multiples communautés montréalaises peuvent se réunir à l'occasion de 5à7 autour d'un café. Grâce à l'Auditoire, la radio espère afficher des recettes supplémentaires pour subvenir à son fonctionnement.

Retrouvez ci-dessous l'intégralité de l'entretien avec Robert Laplante.

 

 

Au Chili, pays d'Amérique latine, certaines radios communautaires ont le rôle de donner la parole aux communautés ancestrales du pays. A Temuco, capitale de la province de Cautín, beaucoup Mapuche y vivent. Cette communauté indigène, qui signifie littéralement "peuple de la terre", originaire de la zone centre-sud du Chili et de l'Argentine subit de nombreuses discriminations. L'histoire de ce peuple est une longue succession de résistances aux envahisseurs : les Incas puis les Conquistadors espagnols. Leurs croyances sont fondées sur le culte des esprits des ancêtres, leur musique tranditionnelle est principalement religieuse (chants de guérise, prières récitatives aux dieux, imitations des oiseaux) et leur culture témoigne d'un grand respect pour la Terre.

A Temuco, une radio communautaire lutte contre les discriminations que subissent certaines minorités et c'est le cas de la radio Aukinko. Fondée par Luis Huincache Panchillo, son objectif est de défendre la culture Mapuche. Ainsi, la station relaye des informations que les autres médias ne diffusent pas. Aukinko fait passer les messages du peuple Mapuche, c'est-à-dire la réclamation de leurs droits pour récupérer leurs terres ancestrales et que leur langue native soit officiellement reconnue par l'Etat chilien.

Retrouvez ci-dessous l'intégralité de l'entretien avec Luis Huincache Panchillo.

Portrait de Arnaud Gruet

Arnaud Gruet